1.5 Combien acheter

Le montant d’une position ne se choisit pas selon la conviction. Il découle du risque défini par le stop (1.4.2), et le compte entier s’organise en portefeuille dont l’exposition varie selon les conditions.

1.5.1 Le position sizing par le risque : la règle des 2 %

La règle de base : risquer au plus environ 2 % du compte par trade (1 % pour les plus prudents). « Risquer » a un sens précis ici : si le stop est touché, la perte encaissée représente 2 % du compte, peu importe la taille de la position.

Le calcul se fait en trois étapes, en continuant l’exemple de 1.4.2. Un compte de 25 000 $ : 2 % donne 500 $ de risque acceptable sur le trade. L’achat se fait à 100 $ avec un stop à 94 $ : le risque est de 6 $ par action. Le nombre d’actions est le montant risqué divisé par le risque par action : 500 / 6 = 83 actions, soit une position d’environ 8 300 $.

La position (8 300 $) et le risque (500 $) sont deux nombres différents — c’est la confusion la plus fréquente chez les débutants. On ne « met » pas 500 $ dans le trade : on achète pour 8 300 $, en sachant que la sortie au stop coûtera 500 $. La conséquence mérite d’être vue : à risque égal, un stop serré donne une position plus grosse, et un stop éloigné donne une position plus petite.

L’exemple montre d’ailleurs qu’une deuxième limite est nécessaire : 8 300 $ représente le tiers d’un compte de 25 000 $ — trop pour une seule position. On ajoute donc un plafond de taille, typiquement 20 à 25 % du compte par position. Ici, le plafond de 25 % ramène la position à 6 250 $, soit 62 actions, et le risque réel descend à 372 $. Ce plafond protège contre un danger que le stop ne couvre pas : un titre peut ouvrir le matin très en dessous du stop (un « gap »), et la perte dépasse alors le plan — la règle des 2 % est une discipline, pas une garantie absolue.

Le niveau de 2 % se justifie par la survie. Dix pertes de suite à 2 % laissent environ 82 % du compte — désagréable, mais réparable (un rappel de l’arithmétique de 1.2.5 : les petites baisses se réparent vite, les grosses gèlent le capital). À 10 % de risque par trade, la même séquence laisse 35 % du compte. Nos stratégies utilisent exactement ces règles : 2 % de risque par trade, plafond de 25 % par position.

1.5.2 Du trade au portefeuille : allocation et exposition dynamique

À l’échelle du compte, l’organisation se fait en poches, chacune avec un poids cible. Un découpage simple : 50 % pour l’indiciel sous régime, 25 % pour les titres en tendance, 25 % pour les entrées tactiques de quelques jours.

Le poids cible d’une poche n’est pas toujours investi. Chaque poche suit ses propres conditions : la poche indicielle passe en cash quand le régime est défavorable (1.3.2); les poches tactiques n’achètent que quand un signal est actif; entre deux signaux, l’argent attend et collecte l’intérêt (1.2.4). L’exposition du compte varie donc en permanence, sans qu’aucune décision émotive n’intervienne.

Un portefeuille sain passe ainsi une partie du temps largement en cash. Notre portefeuille le plus actif est investi à environ 50 % en médiane, avec une fourchette d’environ 30 % à 85 % selon les conditions. Un compte affiché « à moitié en cash » n’est pas un compte qui dort : c’est un compte dont les stratégies attendent leurs conditions.

Le rebalancement complète le mécanisme. Périodiquement — deux fois par année suffit — on ramène chaque poche à son poids cible : on vend une partie de ce qui a grossi, on recharge ce qui a rétréci. La discipline est mécanique et force à vendre haut et racheter bas, sans opinion.

La répartition entre poches a une propriété que la diversification entre actions n’a pas. La section 1.2.5 l’a noté : en crise, toutes les actions baissent ensemble. Mais des familles différentes — indices sous régime, titres en tendance, rebonds tactiques, crypto, matières premières — ne perdent pas aux mêmes moments, et le drawdown de l’ensemble descend sous celui de chaque poche prise seule.

Les quatre questions sont maintenant couvertes : quoi acheter (1.2), quand acheter (1.3), quand vendre (1.4), combien acheter (1.5). Ensemble, leurs réponses forment un plan de trading complet. La suite de la formation porte sur deux choses : comment trouver des règles qui survivent aux tests, et comment outiller l’exécution du plan.

1.5.3 Résumé — les règles de dimensionnement

Les règles de la section. Un risque fixe et petit par trade, environ 2 % du compte, et la taille de position qui s’en déduit : montant risqué divisé par risque par action. Un plafond de taille par position, en plus du plafond de risque. Un compte organisé en poches à poids cibles, dont l’exposition varie selon les conditions — être largement en cash est un état normal. Un rebalancement mécanique vers les cibles, à date fixe.

Les poids exacts des poches, les plafonds et les seuils se testent comme tout le reste : nos portefeuilles sont le résultat d’optimisations mesurées sur des années de données, et ils sont présentés dans la partie sur les portefeuilles.