1.2 Quoi acheter

Il existe des dizaines de milliers de produits achetables. Cette section les organise : d’abord les marchés où ils se trouvent, ensuite les produits eux-mêmes, puis les caractéristiques qui les différencient.

1.2.1 Les marchés

Un marché est l’endroit où un type de produit s’échange. La formation en utilise trois. Le stock market US est le plus gros marché au monde : on y trade les actions des compagnies américaines et les ETF (présentés en 1.2.2), de 9h30 à 16h00 heure de l’Est, du lundi au vendredi. Le stock market canadien (la bourse de Toronto, TSX) fonctionne de la même façon, en dollars canadiens, avec un choix de produits plus restreint. Le marché crypto s’échange sur des plateformes spécialisées, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 : on y achète des « tokens » comme le bitcoin (BTC) ou l’ethereum (ETH). Une exposition au bitcoin est aussi possible sans exchange crypto, par un ETF sur le stock market (présenté en 1.2.2).

Pour acheter, il faut un compte chez un courtier ou un « exchange ». La formation couvre trois plateformes :

Plateforme

Marchés

Automatisation

Disnat (Desjardins)

Stock markets US et CAD

Non

Interactive Brokers

Stock markets US et CAD

Oui, marché US seulement

Kraken

Crypto

Oui

La colonne automatisation compte pour la suite : une partie de nos stratégies s’exécute automatiquement par programme, et cette option n’existe que chez Interactive Brokers (côté US) et Kraken (côté crypto). Les marchés canadiens ne permettent pas l’automatisation. Un portefeuille manuel peut vivre sur Disnat; un portefeuille automatisé demande Interactive Brokers ou Kraken.

L’ouverture d’un compte se fait en ligne sur le site de chaque plateforme. Il faut une pièce d’identité, un numéro d’assurance sociale et les réponses à un questionnaire de profil d’investisseur; le compte est utilisable après quelques jours, une fois approuvé et financé par transfert bancaire.

1.2.2 Aperçu des produits

La formation couvre trois produits : les actions, les ETF et les tokens crypto.

Une action est une part de propriété d’une compagnie. Acheter une action d’Apple (AAPL), c’est posséder un petit morceau d’Apple : la valeur de la part suit la valeur que le marché accorde à la compagnie.

Un ETF (« exchange-traded fund ») est un fonds qui détient un panier de produits et qui s’achète et se vend exactement comme une action. SPY, par exemple, détient les 500 compagnies du S&P 500 : en acheter une part, c’est acheter un morceau de chacune des 500 en une seule transaction.

Un token crypto est un actif numérique qui s’échange sur les plateformes crypto. Le bitcoin (BTC) et l’ethereum (ETH) sont les deux plus gros. Le bitcoin s’achète aussi sans exchange crypto, par un ETF sur le stock market — IBIT aux États-Unis, BTCC-B à Toronto — qui suit le prix du bitcoin et s’achète chez un courtier ordinaire, comme n’importe quelle action.

Le tableau résume les produits exclus de la formation :

Produit

C’est quoi

Options

Un contrat qui donne le droit d’acheter ou vendre un produit à un prix fixé, jusqu’à une date limite

Futures

Un contrat standardisé pour acheter ou vendre à une date future (indices, pétrole, gaz…)

Devises (« forex »)

L’échange de paires de monnaies (EUR/USD, etc.)

Obligations en direct

Prêter à un gouvernement ou une compagnie contre intérêt

Penny stocks

Actions à très bas prix de très petites compagnies

1.2.3 Caractéristiques des produits

Trois caractéristiques différencient les produits entre eux : la volatilité, la liquidité, et la présence ou non d’un levier.

1.2.3.1 Volatilité et « high beta » (et la tolérance au risque)

La volatilité mesure l’amplitude des variations d’un produit. Elle s’exprime en pourcentage annualisé : une volatilité de 15 % veut dire que sur une année typique, le produit s’écarte de l’ordre de 15 % autour de sa tendance. Au bas de l’échelle, un ETF de bons du Trésor comme BIL ne bouge à peu près pas : moins de 1 %. Au sommet, Tesla (TSLA) ou un produit à levier comme TQQQ varient de l’ordre de 60 % par année.

En dollars, sur un placement de 100 $ : une année typique de SPY (volatilité ~16 %) se termine entre 84 $ et 116 $; la même année sur TSLA (~60 %) se termine entre 40 $ et 160 $. Gagner ou perdre 60 $ sur 100 $ en un an fait partie du comportement normal d’un produit comme TSLA.

Ordres de grandeur historiques approximatifs :

Produit

Volatilité annualisée (approx.)

BIL (bons du Trésor)

moins de 1 %

KO (Coca-Cola)

~16 %

SPY (indice S&P 500)

~16 %

QQQ (indice Nasdaq-100)

~22 %

AAPL (Apple)

~28 %

NVDA (Nvidia)

~50 %

BTC (bitcoin)

~60 %

TSLA (Tesla)

~60 %

TQQQ (Nasdaq x3, levier)

~65 %

Les produits qui amplifient les mouvements du marché, comme NVDA ou TSLA, sont dits « high beta » : quand le marché monte de 1 %, ils montent typiquement de 2 % ou plus, et pareil à la baisse.

Le rendement potentiel suit généralement le risque : les produits capables de faire +50 % dans une année sont les mêmes qui peuvent faire −50 %, et les produits qui ne baissent jamais beaucoup ne montent jamais beaucoup non plus.

Le choix d’un niveau de volatilité dépend de la baisse qu’on est capable de traverser sans vendre en panique — c’est la tolérance au risque, et elle se mesure en pratique pendant les baisses, pas dans un questionnaire.

1.2.3.2 Liquidité et market cap

Une transaction en bourse est une rencontre entre un acheteur et un vendeur, organisée par un carnet d’ordres. À tout moment, des acheteurs affichent le prix qu’ils sont prêts à payer (les « bids ») et des vendeurs affichent le prix qu’ils demandent (les « asks »). Le meilleur bid est toujours sous le meilleur ask — par exemple bid 100 $, ask 101 $ — et tant que personne ne cède, aucun échange n’a lieu.

Quand on passe un ordre d’achat au prix du marché (« market order »), il s’exécute contre la meilleure demande : on achète au ask, 101 $. Quand on vend au marché, l’ordre s’exécute contre la meilleure offre : on vend au bid, 100 $. Acheter puis revendre immédiatement donne donc une perte de 1 $ par action, sans que le prix ait bougé. Cet écart, le « spread », est le coût d’un aller-retour au prix du marché.

Le bid et le ask affichés sont seulement les meilleurs ordres du carnet. Derrière eux, d’autres acheteurs et d’autres vendeurs attendent à des prix moins avantageux : des vendeurs à 101 $, d’autres à 101,50 $, d’autres à 102 $, chacun pour une quantité limitée. Chaque transaction consomme des ordres, et le prix affiché change après chaque échange : quand toutes les actions offertes à 101 $ sont achetées, le meilleur ask devient 101,50 $. Un gros ordre au marché traverse ainsi plusieurs niveaux et paie de plus en plus cher au fur et à mesure (le « slippage »). La profondeur d’un produit, c’est la quantité disponible à chaque niveau : sur AAPL ou SPY, le spread réel est de 1 à 2 cents et il faut des millions de dollars pour épuiser un niveau; sur un « penny stock », le spread se compte en pourcents et quelques milliers de dollars suffisent à faire dérailler le prix.

La liquidité va généralement avec la taille de la compagnie. La capitalisation boursière (« market cap ») est la valeur totale d’une compagnie : le prix de l’action multiplié par le nombre d’actions. On classe les compagnies en « large cap » (plus de 10 milliards $, comme Apple), « mid cap » (2 à 10 milliards $) et « small cap » (moins de 2 milliards $). Plus la cap est grosse, plus le produit s’échange en volume, et plus le spread est mince.

La formation ne trade que des produits liquides. L’exécution se fait alors au prix affiché, les coûts sont prévisibles, et une position se ferme au prix attendu quand son seuil de vente est atteint.

1.2.3.3 Leviers et inversés

Certains ETF appliquent un multiple au rendement quotidien d’un indice : c’est le levier. TQQQ donne 3 fois le rendement du Nasdaq-100 chaque jour, QLD en donne 2 fois. Une journée où le Nasdaq gagne 1 %, TQQQ gagne 3 %; une journée où le Nasdaq perd 2 %, TQQQ perd 6 %.

Les ETF inversés font le contraire de leur indice : SQQQ gagne 3 % dans une journée où le Nasdaq perd 1 %, et KOLD monte quand le gaz naturel descend. C’est une différence importante avec l’investissement standard, où on ne fait de l’argent que si le prix monte : avec un inversé, une baisse devient une occasion de profit. Et ça s’achète comme n’importe quel ETF — sans emprunter d’actions pour les revendre (la « vente à découvert ») et sans compte spécial.

Ces produits s’utilisent sur de courtes périodes, pendant qu’un signal précis est actif; ils ne se détiennent pas passivement à long terme.

Note pour le marché canadien : il n’existe pas d’équivalent 3x sur le TSX, et les produits 2x canadiens (BetaPro) accusent un retard mesuré de 3 à 12 points de pourcentage par année sur leurs équivalents américains. Pour le levier, on reste sur les produits US.

1.2.4 L’argent non déployé

L’argent qui n’est pas investi reste dans le compte, et sa rémunération varie selon la plateforme. Le tableau donne la règle de chacune, avec ce qu’elle produit à trois niveaux de taux directeur :

Plateforme

Règle sur l’encaisse

Sommet 2023-2024 (taux directeur 5 %)

Moyenne historique (~2 %)

Creux 2020-2021 (0,25 %)

Interactive Brokers

Taux de référence moins ~0,5 % (au-delà d’un seuil minimum)

~4,5 %

~1,5 %

~0 %

Disnat

CAD : prime CAD moins 5,50 % à 4,75 % selon le solde · USD : prime US moins 7,80 % à 7,05 % (plancher à 0 %)

CAD : ~1,7 % à 2,5 % · USD : ~0,7 % à 1,5 %

0 %

0 %

Kraken

Aucun intérêt sur le cash

0 %

0 %

0 %

Deux précisions sur la ligne Disnat. Ces taux s’appliquent aux soldes créditeurs — l’argent qu’on possède dans le compte; un solde débiteur (argent emprunté au courtier) coûte au contraire très cher (prime plus 9 % dans un compte cash). Et la formule utilise le taux préférentiel (« prime rate »), pas le taux directeur : le prime canadien vaut environ le taux directeur plus 2 %, le prime américain environ le taux de la Fed plus 3 %. La déduction sur les soldes en dollars US (moins 7,05 à 7,80 %) est si grande qu’il faut un prime US au-dessus de 7 % pour recevoir quoi que ce soit. Au prime canadien actuel de 4,45 %, toutes les tranches CAD donnent 0 % — en pratique, sur Disnat, l’encaisse ne rapporte rien la plupart du temps et doit être parquée soi-même dans un ETF de marché monétaire (BIL en dollars US, CASH.TO en dollars canadiens). Ces règles changent avec le temps; à valider au moment de choisir sa plateforme.

Ne pas être investi est une décision en soi. Plusieurs de nos stratégies passent la majorité du temps en cash et n’achètent que lorsqu’un signal précis apparaît; entre deux signaux, l’argent attend et collecte l’intérêt. Un portefeuille affiché « à moitié en cash » n’est pas un portefeuille inactif : c’est de l’argent en position d’attente, payé pour attendre.

1.2.5 Les variables pour choisir quoi acheter

Au Canada, on n’achète pas un produit directement : on l’achète à l’intérieur d’un compte. Chaque type de compte a ses propres règles d’imposition et d’utilisation, et ces règles influencent tout le reste. Le choix du compte vient donc avant le choix du produit.

Compte

Imposition des gains

Fréquence de transactions

Usage typique

CELI

Aucun impôt sur les gains

Basse fréquence seulement (un compte trop actif peut être requalifié en revenu d’entreprise par l’ARC)

Épargne polyvalente, tout objectif (projet, fonds d’urgence, complément de retraite)

REER

Impôt reporté au retrait; cotisations déductibles du revenu

Aucune limite fiscale : la Loi exempte explicitement le REER de l’impôt sur le revenu d’entreprise tiré du trading de placements admissibles (actions et ETF cotés)

Retraite; aucune retenue américaine sur les dividendes US

Non enregistré (« cash »)

Gains en capital imposables (50 % du gain s’ajoute au revenu)

Aucune limite

Trading actif

Références sur les règles de fréquence (le CELI et le REER sont traités différemment par la loi — un choix délibéré du Parlement) :

Le compte détermine l’horizon de détention. L’argent d’un REER est destiné à la retraite : il se place normalement dans des positions gardées des années, même si la loi n’y limite pas la fréquence de transactions. Le CELI sert à n’importe quel objectif, mais sa contrainte de basse fréquence impose des positions gardées longtemps. Le trading à l’horizon de jours ou de semaines se fait dans le compte non enregistré, ou dans le REER pour de l’argent destiné à la retraite.

Le compte influence aussi le niveau de risque approprié. Une perte dans un CELI ou un REER coûte double : l’épargne de retraite recule, et la perte n’est pas déductible d’impôt. Dans le compte non enregistré, une perte se déduit contre les gains de la même année. Les produits volatils et le levier se logent donc surtout dans le compte non enregistré; les comptes enregistrés reçoivent principalement les indices et les positions stables, et les poches plus volatiles y restent petites.

Une note pour la crypto : les tokens détenus sur un exchange comme Kraken ne peuvent pas vivre dans un CELI ou un REER — un exchange crypto n’est pas un compte enregistré. L’exposition crypto dans un compte enregistré passe par les ETF (IBIT, BTCC-B), qui sont des placements admissibles comme n’importe quel ETF coté.

Pour calibrer les attentes de rendement, deux repères. L’investissement passif dans un indice large a donné historiquement de l’ordre de 9 à 10 % par année, avec des baisses passagères de 20 à 50 % en cours de route. Nos portefeuilles, présentés en détail plus loin dans la formation, ont donné en backtest entre ~12 % par année (profil conservateur) et ~38 % par année (profil actif en compte non enregistré), avec des baisses maximales de l’ordre de 9 à 14 %.

Dernière variable, la diversification. Une part de SPY répartit le montant sur 500 compagnies en un seul achat. Avec des titres individuels, la répartition se fait soi-même : plusieurs positions, dans des secteurs différents. La diversification protège contre le problème d’une compagnie; elle ne protège pas contre une baisse de l’ensemble du marché.